Ploovers
Recherche · Note interne

Classer les fonds par probabilité d'alpha positif : un protocole sans fuite d'information

Équipe recherche Ploovers Juillet 2026 Statut : préliminaire — recherche interne en cours

Résumé

Sur un univers d'environ 10 000 fonds accessibles en assurance-vie française (2000-2025), nous estimons des alphas nets roulants de 12 mois sous plusieurs spécifications (panier d'ETF sélectionné par corrélation partielle sur ~35 candidats, contrôle de multicolinéarité par VIF, modèle à cinq facteurs de Fama-French), puis entraînons un classifieur de la probabilité d'alpha futur positif, P(α > 0), en validation walk-forward stricte avec séparation des groupes de classes de parts (corrélation > 0,995). L'AUC hors échantillon est modeste mais robuste (0,575-0,588). Le classement ne bat pas la réplication indicielle en absolu — le quartile le mieux classé rend −0,28 %/an contre −0,91 %/an pour l'univers — mais le spread top-bottom constitue un alpha économiquement et statistiquement significatif : +1,35 %/an (IC bootstrap [+0,69 ; +2,17], hit rate trimestriel 66 %, ratio d'information 0,81, intercept FF5 +1,27 %/an, t = 3,07, drawdown maximal 2,5 %), stable sur la sous-période 2015-2025 (+1,21 %/an, hit 60 %) et porté par l'évitement : le quartile le moins bien classé perd de −1,71 à −2,13 %/an selon l'ère, avec 84-88 % de trimestres négatifs.

Version grand public de cette démarche : la démarche expliquée simplement.

1.Données et mesure d'alpha

L'univers couvre environ 10 000 fonds distribués dans l'assurance-vie française, valeurs liquidatives mensuelles de 2000 à 2025. Pour chaque fonds, l'alpha est le résidu moyen annualisé d'une régression de ses rendements mensuels sur un panier d'indices, estimée sur des fenêtres roulantes de 12 mois à pas mensuel. Les fenêtres adjacentes se recouvrant à 11/12, l'inférence statistique n'utilise que des fenêtres non chevauchantes ; le pas mensuel ne sert qu'à la description (distribution, quantiles, régularité).

Quatre spécifications sont estimées en parallèle : (i) sélection stepwise du panier par corrélation partielle (seuil 0,1) parmi ~35 ETF couvrant les grandes classes d'actifs ; (ii) la même avec filtre de multicolinéarité par VIF ; (iii) le modèle à cinq facteurs de Fama-French (FF5) ; (iv) une sélection des indices par corrélation simple avec seuil (spécification historique de l'équipe). Le R² de chaque régression est conservé comme pondération de fiabilité : un alpha estimé sur un fonds mal expliqué par les indices (R² faible) pèse moins dans les agrégats et est signalé comme tel dans nos interfaces.

2.Protocole anti-fuite

Le résultat central de cette note n'est pas une performance : c'est un effondrement. Une première version « naïve » du pipeline prédisait l'alpha futur avec un R² test de 0,27 — un chiffre spectaculaire pour ce domaine, et, comme souvent, trop beau pour être vrai. Trois fuites d'information l'expliquaient intégralement.

Figure 1 — L'effondrement du R² hors échantillon

Ce qu'il faut voir : le pouvoir prédictif apparent (R² test 0,27) disparaît entièrement — et devient légèrement négatif (−0,06) — quand on corrige les trois fuites : ① classes de parts — 14 561 paires de parts quasi identiques (corrélation > 0,995) du même fonds se retrouvaient de part et d'autre du split train/test ; le split se fait désormais par groupes de classes de parts ; ② look-ahead d'entraînement — des fenêtres d'alpha postérieures à la date de prédiction contaminaient les features ; ③ calibration contemporaine — les hyperparamètres étaient calés sur la période évaluée : recalibré en walk-forward, un panier passait de +0,75 à −0,61 %/an. La barre de gauche est hachurée : c'est un artefact, pas un résultat. La plupart des backtests positifs de la littérature grise meurent à cette étape.

La magnitude de l'alpha futur n'est donc pas prédictible dans notre cadre (R² test ≈ 0). Nous reformulons le problème en classification : estimer P(α > 0) à 12 mois, en validation walk-forward stricte — à chaque date, le modèle n'est entraîné que sur l'information antérieure, hyperparamètres compris.

3.Résultats

L'AUC hors échantillon du classifieur est de 0,575 à 0,588 selon l'ère — un signal modeste en coupe transversale, mais systématique. Agrégé en portefeuilles par quartile de score, il produit une structure monotone :

Figure 2 — Alpha réalisé par quartile de classement

Ce qu'il faut voir : de Q4 à Q1, la masse des distributions se déplace vers le zéro et le franchit plus souvent — Q1 est le seul quartile dont une part substantielle des fenêtres est positive, mais sa médiane reste légèrement négative : le classement ordonne correctement les fonds sans rendre l'univers gagnant. Densités stylisées reconstruites depuis des quantiles cohérents avec les moments estimés (médianes ≈ −0,3 / −0,8 / −1,3 / −2,1 %/an) ; échelle commune, aiguille = médiane.

En absolu, le quartile le mieux classé rend −0,28 %/an net face à sa réplication indicielle, contre −0,91 %/an pour l'univers : le classement ne bat pas la réplication. En relatif, le spread top-bottom est en revanche un alpha significatif : +1,35 %/an, intervalle de confiance bootstrap [+0,69 ; +2,17], hit rate trimestriel 66 %, ratio d'information 0,81, drawdown maximal 2,5 %. Il est stable sur la sous-période 2015-2025 (+1,21 %/an, hit 60 %) et porté par la jambe courte : le quartile le moins bien classé perd de −1,71 à −2,13 %/an selon l'ère, avec 84 à 88 % de trimestres négatifs. Le signal est donc avant tout un détecteur de destruction de valeur persistante.

Figure 3 — Spread cumulé top−bottom, 2005-2025

Ce qu'il faut voir : une accumulation régulière — +27,4 % sur 77 trimestres — sans dépendance à une seule période : le repli maximal (2008-2009) est de 2,5 points. Série réelle du protocole walk-forward, jalons annuels reportés, interpolation trimestrielle linéaire entre jalons. Spread long-short théorique, avant coûts de mise en œuvre.

L'attribution du spread sur les cinq facteurs de Fama-French confirme qu'il ne s'agit pas d'une exposition factorielle déguisée : seul l'intercept est significatif au seuil de 1 %.

Tableau 1 — Attribution FF5 du spread top−bottom

Termet de StudentLecture
Intercept (alpha)3,07 +1,27 %/an — significatif à 1 %
Marché (Mkt−RF)1,06non significatif
Taille (SMB)0,24non significatif
Value (HML)−1,47non significatif
Profitabilité (RMW)−0,03non significatif
Investissement (CMA)2,06marginal (5 %)

Régression des rendements trimestriels du spread sur les facteurs FF5 européens. Seuils usuels : |t| > 1,96 (5 %), |t| > 2,58 (1 %).

4.Ce qui ne marche pas

Trois résultats négatifs méritent d'être énoncés aussi clairement que les positifs. (a) La magnitude n'est pas prédictible : le rang des fonds est informatif, la valeur de leur alpha futur ne l'est pas (section 2) ; toute promesse chiffrée fonds par fonds excéderait ce que les données supportent. (b) Le tuning n'est pas transférable entre ères : des hyperparamètres optimaux sur 2005-2015 se dégradent sur 2015-2025 ; seule la version recalibrée en walk-forward, sans réglage rétrospectif, est retenue. (c) Les frais n'apportent pas de signal additionnel : travaillant sur des alphas nets, l'information des frais est déjà encodée dans la variable expliquée ; les ajouter en feature n'améliore pas la classification.

5.Limites et travaux futurs

Biais du survivant. L'univers inclut les fonds fermés lorsqu'ils sont observables, mais une fraction de l'attrition reste invisible ; l'effet est borné par construction (il flatte surtout la jambe longue, or le résultat est porté par la jambe courte), sans être nul. Frais anachroniques. Les frais courants disponibles sont les frais actuels, appliqués rétrospectivement ; les niveaux historiques différaient. Hystérésis de turnover. La composition des quartiles tourne (64 % de renouvellement annuel) : un portefeuille réel lisserait ces rotations, au prix d'un écart de suivi vis-à-vis du spread théorique. Prochaine étape : un suivi en paper trading, horodaté et hors échantillon par construction, pour confronter le spread aux conditions réelles de mise en œuvre.

Statut de ce document

Note préliminaire issue d'une recherche interne en cours ; les chiffres pourront être révisés au fil des travaux. Elle est partagée dans un souci de transparence méthodologique et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation, ni une offre. Résultats fondés sur des données historiques : les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.

Références

  1. Jensen, M. C. (1968). The Performance of Mutual Funds in the Period 1945-1964. The Journal of Finance, 23(2), 389-416.
  2. Carhart, M. M. (1997). On Persistence in Mutual Fund Performance. The Journal of Finance, 52(1), 57-82.
  3. Kosowski, R., Timmermann, A., Wermers, R., & White, H. (2006). Can Mutual Fund “Stars” Really Pick Stocks? New Evidence from a Bootstrap Analysis. The Journal of Finance, 61(6), 2551-2595.
  4. Barras, L., Scaillet, O., & Wermers, R. (2010). False Discoveries in Mutual Fund Performance: Measuring Luck in Estimated Alphas. The Journal of Finance, 65(1), 179-216.
  5. Fama, E. F., & French, K. R. (2010). Luck versus Skill in the Cross-Section of Mutual Fund Returns. The Journal of Finance, 65(5), 1915-1947.

← La démarche expliquée simplement · Les fiches fonds