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Famille & couple

Mariés sans contrat : à qui appartient quoi ?

Comprendre ce qui est à vous, à votre conjoint ou à vous deux, et les décisions qui se prennent à deux.

Si vous êtes mariés sans contrat depuis février 1966, vous êtes en communauté réduite aux acquêts : ce que chacun possédait avant le mariage ou reçoit par héritage et donation reste à lui, ce que vous gagnez et achetez pendant le mariage est à vous deux. ‌Au quotidien chacun gère seul, mais certaines décisions (vendre la maison, faire une donation) se prennent obligatoirement à deux. ​Les erreurs les plus coûteuses (oublier de déclarer l'origine d'un argent propre, mal monter une donation) ne se voient qu'au divorce ou au décès, quand il est trop tard.​

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L'essentiel à retenir

Le principe : trois "tas" de biens

Vos biens se répartissent en trois masses : ce qui est propre à vous, ce qui est propre à votre conjoint, et ce qui est commun. ​Attention : en cas de doute, un bien est présumé commun. ​Sans preuve écrite qu'il vous est propre, il est considéré comme appartenant au couple (C. ‌civ. ‌art. ​1402).‌

Ce qui reste à vous seul

Restent propres : ce que vous possédiez avant le mariage, ce que vous recevez par héritage, donation ou legs, vos vêtements, une indemnité pour un dommage corporel ou moral, vos instruments de travail. ​Le reste acheté pendant le mariage est en principe commun, même si un seul de vous l'a payé.​

Un héritage placé : gardez la trace, déclarez-le

Exemple : vos parents vous donnent 100 000 €. ‌Cette somme vous reste propre. ​Mais si vous l'investissez dans un bien, il faut l'écrire dans l'acte d'achat (la "déclaration de remploi") pour que le bien reste à vous. ​Sans cette double déclaration (origine des fonds + intention de remploi), le bien tombe dans le commun (C. ​civ. ​art. ​1434).​

Au quotidien chacun gère seul

Chaque époux peut seul acheter, emprunter, vendre les meubles courants, signer un bail d'habitation. ​C'est la gestion concurrente (C. ​civ. ​art. ​1421). ‌Chacun gère aussi seul ses comptes bancaires et les biens nécessaires à sa profession.‌

Mais certaines décisions se prennent à deux

L'accord des deux époux est obligatoire pour : donner un bien commun, vendre ou hypothéquer un immeuble, un fonds de commerce ou des parts de société, et pour tout ce qui touche au logement de la famille, même s'il appartient à un seul (C. civ. art. 215, 1422, 1424). Un acte fait sans cet accord peut être annulé.

Les dettes d'un seul n'engagent pas les biens propres de l'autre

Une dette contractée par un époux se paie sur ses biens propres et sur les biens communs, jamais sur les biens propres du conjoint (C. civ. art. 1413). Cas particulier : un emprunt ou une caution signés par un seul n'engagent que ses propres et ses revenus. Il faut le consentement exprès du conjoint pour étendre la garantie aux biens communs (C. civ. art. 1415).

Si l'un de vous est indépendant, attention aux biens communs

En communauté sans aménagement, les dettes professionnelles nées pendant le mariage peuvent être payées sur les biens communs. Si l'un de vous est travailleur indépendant ou dirigeant, il est fortement recommandé d'examiner un régime séparatiste ou des clauses de protection (C. civ. art. 1413).

Assurance-vie : le conjoint bénéficiaire est protégé

Si votre conjoint est le bénéficiaire du contrat que vous avez alimenté avec des fonds communs, le capital lui revient en propre au décès, sans récompense à verser à la succession (sauf primes manifestement exagérées). Le contrat non dénoué au décès de votre conjoint est commun sur le plan civil mais reste hors de la succession taxable (règle Ciot 2016).

Ce qui reste à vous seul, ce qui est à vous deux

Vos biens propres

  • Ce que vous possédiez avant le mariage
  • Ce que vous recevez par héritage, donation ou legs
  • Vos vêtements et vos instruments de travail
  • Une indemnité pour un dommage corporel ou moral

Vos biens communs

  • Ce que vous achetez pendant le mariage, même payé par un seul
  • Vos salaires et gains, et leurs substituts (licenciement, retraite)
  • Les revenus de vos biens propres
En cas de doute, un bien est présumé commun : sans preuve écrite qu'il vous est propre, il appartient au couple.

Conservez vos preuves d'origine pendant le mariage, pas au moment du conflit.

Source : C. civ. art. 1401, 1404, 1405 ; présomption art. 1402

Recevoir un héritage et l'investir sans le perdre

Vous recevez

L'argent vous reste propre

Un héritage ou une donation (exemple : 100 000 €) reste votre bien propre.

Vous gardez la trace

Conservez les preuves écrites

Gardez actes et relevés pendant le mariage : au divorce ou au décès, il est trop tard.

Vous investissez

Déclarez-le dans l'acte d'achat

Inscrivez la double déclaration : origine des fonds propres et intention de remploi (art. 1434).

Sans cette déclaration

Le bien tombe dans le commun

Vous n'aurez droit qu'à une récompense, pas au bien lui-même.

La double déclaration se fait au moment de l'achat : la régulariser après coup exige l'accord du conjoint.

Source : C. civ. art. 1434 (et 1435)

Selon votre situation

Vous êtes mariés sans contrat depuis le 1er février 1966

Vous êtes automatiquement en communauté réduite aux acquêts : chacun garde ses biens d'avant et ses héritages, le reste est commun.

C. civ. art. 1393 et 1401

Vous êtes mariés sans contrat avant le 1er février 1966

Vous êtes en communauté de meubles et acquêts : en plus des acquêts, tous les meubles (argent, portefeuilles, parts) même reçus par héritage tombent dans le commun, sauf clause d'exclusion.

C. civ. art. 1498

Un bien dont vous ne pouvez pas prouver l'origine

Il est présumé commun : conservez vos preuves écrites (actes, relevés) pendant le mariage, pas au moment du conflit.

C. civ. art. 1402

Vous investissez un héritage sans le déclarer dans l'acte

Le bien acheté devient commun ; vous n'aurez droit qu'à une récompense, pas au bien lui-même.

C. civ. art. 1434

Vous voulez faire une donation d'un bien commun

L'accord des deux époux est obligatoire ; le conjoint qui consent ne doit ni se porter codonateur ni accepter la donation, sinon des droits de donation deviennent exigibles sur la moitié, au barème entre non-parents, le plus élevé.

C. civ. art. 1422 ; BOI-ENR-DMTG-20-30-20-10

Vous vendez ou hypothéquez un immeuble, un fonds ou des parts de société

L'accord des deux époux est requis, y compris pour encaisser l'argent de l'opération.

C. civ. art. 1424

Un seul époux signe un emprunt ou une caution

Seuls ses biens propres et ses revenus sont engagés ; le consentement exprès du conjoint étend la garantie aux biens communs (mais pas à ses propres).

C. civ. art. 1415

L'un de vous est indépendant (TNS) et vous vous mariez

La communauté sans aménagement est déconseillée : les dettes professionnelles s'exécutent sur les biens communs ; examinez un régime séparatiste ou des clauses de protection.

C. civ. art. 1413

Vous achetez des parts de société non négociables avec des fonds communs

Vous devez informer votre conjoint, qui peut revendiquer la qualité d'associé pour la moitié des parts jusqu'à la dissolution.

C. civ. art. 1832-2

Vous apportez un bien propre à la communauté

Prévoyez une clause de reprise des apports (dite clause alsacienne) pour le récupérer en cas de divorce.

C. civ. art. 265

Famille recomposée : vous envisagez la communauté universelle avec attribution intégrale au survivant

Déconseillé : les enfants d'une autre union peuvent exercer une action en retranchement ; envisagez plutôt une attribution en usufruit.

C. civ. art. 1527 al. 2

Votre conjoint décède, il avait une assurance-vie alimentée par des fonds communs et non dénouée

La valeur de rachat entre pour moitié dans les biens à partager, mais reste exclue de la succession taxable.

RM Ciot 23 févr. 2016 ; BOI-ENR-DMTG-10-10-20-20

Les pièges à éviter

Ne comptez pas sur votre mémoire : gardez les preuves

Un bien dont vous ne pouvez pas prouver l'origine est présumé commun. Conservez actes, relevés et écrits pendant le mariage. Au moment du divorce ou du décès, il est trop tard pour reconstituer une preuve.

Un héritage investi sans déclaration devient commun

Si vous placez un argent propre (héritage, donation) dans un achat sans écrire la déclaration de remploi dans l'acte, le bien tombe dans le commun. La régularisation après coup exige l'accord du conjoint et ne protège pas face aux tiers.

Donation d'un bien commun : ne signez pas n'importe comment

Le conjoint doit consentir, mais s'il se porte codonateur ou accepte la donation, la moitié peut supporter les droits de donation au barème entre non-parents, le plus élevé. Faites monter l'acte par un professionnel.

Un seul portefeuille pour les titres propres

Un portefeuille qui mélange titres propres et communs sans traçabilité est réputé entièrement commun. Isolez vos titres propres sur un compte dédié.

Indépendant dans le couple : anticipez avant les ennuis

Sans aménagement, les biens communs (dont le logement acheté ensemble) peuvent être saisis pour les dettes professionnelles d'un seul. Parlez des clauses de protection ou d'un régime séparatiste avant, pas après.

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Vous êtes mariés sans contrat. Vos parents vous donnent 100 000 €. À qui appartient cette somme ?

Ce que vous recevez par héritage, donation ou legs reste votre bien propre (C. civ. art. 1405) — à condition d'en garder la trace.

Vous voulez vendre l'appartement acheté ensemble pendant le mariage. Que faut-il ?

La vente d'un immeuble commun relève de la cogestion : l'accord des deux époux est requis, y compris pour encaisser le prix (C. civ. art. 1424).

Un bien dont vous ne pouvez pas prouver l'origine est considéré comme :

Faute de preuve écrite qu'un bien est propre, il est présumé commun (C. civ. art. 1402) : constituez vos preuves pendant le mariage.

Pour aller plus loin avec votre conseiller

Cas avancé

Créer sa société avec l'argent du couple : qui devient associé ?

Karim, 42 ans, marié sans contrat, lance sa société de conseil et l'immatricule avec des économies du couple. Il pense en être le seul maître à bord. Or, quand des parts sociales non négociables sont souscrites avec des fonds communs, la valeur des parts est commune, mais le titre — la qualité d'associé — reste à lui. Subtilité que peu anticipent : son conjoint peut, tant que le mariage dure, revendiquer la qualité d'associé pour la moitié des parts. De quoi bouleverser le contrôle d'une entreprise le jour d'un désaccord.

Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller organise l'information du conjoint dès l'acte, formalise noir sur blanc sa renonciation à revendiquer la qualité d'associé (elle peut sinon rester ouverte des années), et rédige les clauses qui verrouillent le contrôle de Karim sans fragiliser les droits du couple sur la valeur.

Cas avancé

Protéger son conjoint sans léser les enfants d'un premier lit

Sylvie, 58 ans, remariée, a deux enfants d'une première union. Pour mettre son mari à l'abri, on lui a soufflé la communauté universelle avec attribution intégrale au survivant : tout irait au conjoint, hors succession. Le piège : ses enfants, qui ne sont pas ceux du couple, peuvent exercer une action en retranchement et contester l'excédent. Il existe une voie plus fine — l'attribution non pas de la pleine propriété mais du seul usufruit —, où les enfants reçoivent la nue-propriété dès le premier décès et conservent leurs abattements.

Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller chiffre côte à côte les deux montages, ce que l'attribution intégrale ferait perdre aux enfants en abattements face à l'usufruit, puis rédige la clause d'attribution en usufruit et calibre les protections (renonciation à l'action en retranchement) pour éviter le conflit familial au décès.

Chaque situation est particulière

Chaque patrimoine a ses particularités : un conseiller transforme ces règles en plan d'action chiffré, adapté à votre situation.

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Références officielles

Fiche issue de la base de connaissance patrimoniale Ploovers — millésime 2026, mise à jour le 2026-07-11. Contenu en cours de validation par nos experts.

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