Faut-il racheter des trimestres de retraite ?
Comprendre à quoi sert un rachat, ce qu'il coûte vraiment après impôt, et savoir s'il est rentable pour vous.
Racheter des trimestres (le « versement pour la retraite ») sert à réduire ou supprimer la décote qui ampute votre pension quand il vous manque des trimestres. Son coût est déduit de votre revenu imposable : l'État en prend en charge une part égale à votre taux d'imposition. C'est intéressant surtout si vous partez avant 67 ans avec des trimestres manquants et si vous toucherez votre retraite assez longtemps pour amortir le coût net.
En chiffres
À comprendre avant d'agir
Qui peut racheter, et combien
Vous devez avoir au moins 20 ans et moins de 67 ans le jour de la demande, et ne pas avoir encore liquidé votre retraite. Vous pouvez racheter au maximum 12 trimestres, tous régimes et toutes périodes confondus.
Ce qu'on peut racheter
Les années d'études supérieures ayant donné un diplôme (bac+2 minimum ; une admission en grande école ou prépa compte comme un diplôme) et les années incomplètes où vous avez validé moins de 4 trimestres. Le rachat des études se fait auprès de votre premier régime après les études.
Deux formules au choix
L'option « taux seul » efface seulement la décote : c'est la moins chère. L'option « taux et durée » augmente en plus votre durée d'assurance et vous rapproche d'une pension complète : plus chère, mais c'est la seule qui peut aussi ouvrir une surcote si vous prolongez votre activité.
La décote coûte 1,25 % par trimestre
Chaque trimestre manquant réduit votre pension de 1,25 %. Racheter au titre du taux n'a d'intérêt que pour un départ avant 67 ans : à 67 ans, la retraite à taux plein est acquise automatiquement et la décote disparaît sans avoir à racheter.
Le coût dépend de votre situation
Le prix d'un trimestre dépend de votre âge, de la moyenne de vos revenus des 3 dernières années et de l'option choisie ; un barème officiel est publié par l'Assurance retraite. Vous pouvez payer comptant ou étaler le paiement sur 1 à 5 ans.
L'avantage fiscal, le vrai moteur
Le coût est déductible sans plafond de votre revenu imposable. Votre économie d'impôt est d'environ coût × votre taux d'imposition : par exemple un rachat de 12 000 € à une tranche de 41 % vous fait économiser 4 920 € d'impôt, soit un coût net de 7 080 €.
Coût réduit pour les études avant 40 ans
Si vous demandez le rachat de vos années d'études (formation initiale) avant 40 ans, vous bénéficiez d'un abattement forfaitaire par trimestre. Le rachat de stages à coût réduit reste ouvert jusqu'à l'année de vos 30 ans.
Effet sur la retraite de base et complémentaire
Le rachat améliore toujours votre pension de base, et seulement parfois la complémentaire selon votre régime. Attention : l'AGIRC-ARRCO (complémentaire des salariés) ne rachète pas de points à ce titre.
Ce qu'un rachat de 12 000 € vous coûte vraiment (tranche à 41 %)
Le prix du rachat se déduit de vos revenus : l'État en prend une part égale à votre taux d'imposition, il ne vous reste que le coût réel à financer.
Source : CGI art. 83, 1°-a ; exemple TMI 41 %
Deux formules de rachat au choix
Option « taux seul »
- Efface uniquement la décote sur votre pension
- La formule la moins chère
- Ne vous rapproche pas d'une pension complète
Option « taux et durée »
- Efface la décote et augmente votre durée d'assurance
- Plus chère que le taux seul
- Seule formule qui peut aussi ouvrir une surcote si vous prolongez
Source : CSS art. L351-15, 1° et 2°
À quel âge le rachat est-il utile ?
Coût réduit pour les études
Racheter vos années d'études (formation initiale) donne droit à un abattement forfaitaire par trimestre.
La fenêtre pour racheter
Vous pouvez racheter jusqu'à 12 trimestres tant que vous n'avez pas liquidé votre retraite.
Le rachat garde son intérêt
Racheter pour effacer la décote n'a de sens que si vous partez avant 67 ans.
Taux plein automatique
La décote disparaît d'elle-même : un rachat au titre du taux devient sans objet.
Vérifiez toujours votre situation avant de chiffrer : un rachat peut être inutile si vous partez à 67 ans ou en carrière longue.
Source : CSS art. L351-14-1, D351-14-1, L351-8
Votre cas, ce que prévoit la règle
| Votre situation | Ce qui s'applique | Fondement |
|---|---|---|
| Vous avez entre 20 et 67 ans et n'avez pas liquidé votre retraite | Vous pouvez racheter, dans la limite de 12 trimestres tous régimes confondus | CSS art. L351-14-1 |
| Vous avez fait des études supérieures diplômantes (bac+2 min.) ou eu des années à moins de 4 trimestres | Ces périodes sont rachetables ; les études se rachètent auprès de votre premier régime après les études | CSS art. L351-14-1 |
| Votre seul objectif est de supprimer la décote | Choisissez l'option « taux seul » : elle efface la décote et coûte moins cher | CSS art. L351-15, 1° |
| Vous voulez aussi compléter votre durée d'assurance (et viser une surcote) | Choisissez l'option « taux et durée » : plus chère, mais seule à ouvrir une surcote ultérieure | CSS art. L351-15, 2° |
| Vous êtes salarié et payez un rachat | Le coût est déductible de votre salaire imposable sans plafond ; économie ≈ coût × votre tranche d'impôt | CGI art. 83, 1°-a |
| Vous êtes indépendant (TNS) | Le coût est déductible de votre bénéfice imposable (BIC/BNC), sans plafond spécifique | CGI art. 154 bis, I |
| Vous rachetez plusieurs trimestres | Vous pouvez étaler le paiement de 1 à 5 ans et répartir la déduction sur plusieurs années d'impôt | CSS art. D351-11 |
| Vous rachetez vos années d'études et avez moins de 40 ans | Vous bénéficiez d'un abattement forfaitaire par trimestre (formation initiale, ≤ 4 trimestres) | CSS art. D351-14-1 ; Décret 2023-800 |
| Vous êtes indépendant avec une année incomplète | Le rachat « Madelin » (sans option) agit sur revenu moyen, taux et durée, et coûte souvent moins cher : à comparer | CSS art. L351-14-1 ; rachat Madelin |
| Vous pouvez partir en carrière longue à taux plein | Un rachat au titre du taux est inutile ; seul un rachat de durée peut servir à atteindre le seuil de trimestres cotisés requis | CSS art. L351-1-1 |
| Vous êtes né à partir du 01/09/1961 et avez payé un rachat avant le 15/04/2023, sans avoir liquidé de pension | Le remboursement (sommes revalorisées) des rachats devenus sans objet a existé, mais la fenêtre est close depuis le 14/04/2025 : la demande n'est plus recevable | Loi 2023-270 ; Circ. CNAV 2024-25 |
| Vous prévoyez de partir à 67 ans | Le taux plein est automatique : aucune décote à racheter, le rachat au titre du taux est sans objet | CSS art. L351-1 ; L351-8 |
Ce qui piège le plus souvent
Vérifiez d'abord si le rachat vous est vraiment utile
Si vous pouvez partir en carrière longue ou à 67 ans, vous avez déjà le taux plein : racheter au titre du taux ne servirait à rien. Faites ce contrôle avant tout chiffrage.
Ne comptez pas sur un gain de complémentaire garanti
Le rachat améliore toujours votre pension de base, mais pas forcément la complémentaire. L'AGIRC-ARRCO ne rachète pas de points à ce titre : n'attendez pas de gain automatique sur la retraite complémentaire des salariés.
Comparez toujours avec un PER avant de trancher
Un PER vous donne la même déduction fiscale (mais dans la limite du plafond épargne retraite), tout en restant disponible et transmissible. Le rachat, lui, est définitif et ne sert qu'à votre pension.
La fenêtre de remboursement des vieux rachats est close
Un rachat payé avant le 15/04/2023, alors que votre retraite n'était pas encore liquidée, pouvait être remboursé (sommes revalorisées) s'il était devenu sans objet après la réforme. Cette fenêtre est close depuis le 14/04/2025 : la demande n'est plus recevable. Avant de racheter, anticipez donc le risque qu'un rachat perde son intérêt si les règles de départ évoluent.
Chiffrez le délai de retour, pas seulement le coût
Le rachat est rentable si vous touchez votre retraite assez longtemps pour amortir le coût net. Comparez le coût net (après économie d'impôt) au gain annuel de pension pour estimer en combien d'années vous êtes remboursé.
Des cas concrets à travailler ensemble
Racheter ses années d'études avant 40 ans, à coût réduit
Camille a 38 ans, elle est ingénieure et gagne bien sa vie. La retraite lui paraît très lointaine, alors elle n'y pense pas. Pourtant, ses années d'études supérieures diplômantes se rachètent à un coût réduit tant qu'elle a moins de 40 ans : un abattement forfaitaire s'applique sur chaque trimestre. Et comme elle est fortement imposée aujourd'hui, la somme versée vient réduire son revenu imposable. Attendre la cinquantaine, ce serait payer plus cher et perdre cette fenêtre.
Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller vérifie quelles années d'études sont réellement rachetables et auprès de quel régime, chiffre le coût réduit avant 40 ans, et cale le versement sur une année où l'impôt de Camille est le plus lourd. Il compare aussi ce rachat définitif à un versement sur un PER, qui reste disponible.
Absorber une année à gros revenus grâce à un rachat déductible
Thierry a 58 ans. Cette année, il touche un revenu exceptionnel qui le fait basculer dans une tranche d'impôt élevée. Il lui manque par ailleurs quelques trimestres pour partir sans décote. Racheter ces trimestres cette année précise a un double intérêt : le coût est déductible sans plafond de son revenu, donc l'économie d'impôt est maximale quand la tranche est haute — sur un rachat de 12 000 €, sa tranche à 41 % lui fait économiser 4 920 € d'impôt et ramène le coût réel à 7 080 € —, et le rachat sécurise sa future pension. Il peut même échelonner le paiement sur 1 à 5 ans pour lisser l'effet d'une année à l'autre.
Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller calcule sur quelle année le rachat rapporte le plus d'économie d'impôt, arbitre entre paiement comptant et étalement sur plusieurs années, puis estime en combien d'années le coût net sera remboursé par le gain de pension.
Chaque situation est particulière
Cette fiche donne les règles générales — votre conseiller vérifie ce qui s'applique réellement à votre patrimoine et chiffre vos options.
Faire le point avec un conseillerÀ lire ensuite
Références officielles
- CSS art. L351-14-1
- CSS art. L351-15
- CSS art. L351-1
- CSS art. L351-1-1
- CSS art. L351-8
- CSS art. D351-7
- CSS art. D351-8
- CSS art. D351-11
- CSS art. D351-14-1
- CGI art. 83, 1°-a
- CGI art. 154 bis
- Loi 14 avr. 2023 n° 2023-270, art. 10 ; Circ. CNAV 1er août 2024 n° 2024-25
Fiche issue de la base de connaissance patrimoniale Ploovers — millésime 2026, mise à jour le 2026-07-11. Contenu en cours de validation par nos experts.
Ces contenus sont fournis à titre d'information générale (millésime 2026) : ils ne constituent ni un conseil personnalisé, ni une consultation juridique, fiscale ou patrimoniale, et ne remplacent pas les conseils d'un conseiller en gestion de patrimoine, d'un notaire ou d'un avocat, seuls à même d'apprécier votre situation particulière. Les règles et montants cités sont susceptibles d'évoluer avec la législation. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.