Mon produit structuré suit un « indice à décrément » : c'est quoi ?
Comprendre pourquoi votre indice n'est pas celui de la télévision, et ce que ce prélèvement annuel change pour votre rendement.
Un indice à décrément est un indice « maison » qui retire chaque année une part fixe (par exemple 50 points ou 5 %) à la place des dividendes des entreprises. Cela permet d'afficher un coupon plus alléchant, mais votre indice de référence progresse moins vite — ou recule davantage — qu'un indice classique, ce qui éloigne le remboursement anticipé et rapproche le seuil de perte. La bonne comparaison n'est jamais le cours affiché à la télévision, mais l'indice « dividendes réinvestis ».
Faites le test : êtes-vous concerné ?
Cochez les situations qui vous ressemblent.
À comprendre avant d'agir
Un prélèvement fixe à la place des dividendes
L'indice réinvestit d'abord les dividendes des entreprises, puis retire chaque année un montant fixe connu d'avance. Ce montant remplace le dividende réel, qui lui varie. Exemple : « décrément 50 points » ou « 5 % par an ».
Deux façons de retirer : en points ou en pourcentage
En points (ex. 50 points/an), c'est un prélèvement absolu qui pèse proportionnellement plus lourd quand l'indice baisse. En pourcentage (ex. 5 %/an), c'est un prélèvement proportionnel au niveau de l'indice.
Le coupon « généreux » n'est pas gratuit
Un coupon plus élevé à barrière inchangée s'explique souvent par un décrément plus fort, pas par une meilleure opportunité. C'est ce prélèvement qui finance l'apparente générosité.
L'érosion : votre indice part de plus bas
Tant que les vrais dividendes restent inférieurs au décrément, votre indice dérive à la baisse par rapport à un indice classique. Résultat concret : le remboursement anticipé s'éloigne et la barrière de perte se rapproche.
Comparez à l'indice « dividendes réinvestis », pas au cours de la télé
Le décrément capte les dividendes que vous toucheriez en détention directe. La seule comparaison honnête est l'indice « total return » (dividendes réinvestis), jamais le simple cours affiché.
Un mécanisme qui alourdit la complexité
Pour l'AMF, un indice à décrément compte pour 2 mécanismes qui s'ajoutent à ceux du produit (barrière, effet mémoire, rappel...). Au-delà de 3 mécanismes, l'AMF estime qu'il devient très difficile de comprendre le pari pris.
Un signal de vigilance réglementaire
Si votre capital n'est protégé qu'à moins de 90 % (perte possible de plus de 10 %) et qu'au moins un critère de complexité est rempli, le produit est présumé difficile à commercialiser correctement. Des mentions d'avertissement doivent alors figurer sur les supports.
Les produits les plus complexes sont souvent les moins performants
L'étude de l'AMF montre qu'une faible part seulement des produits structurés surperforme un CAC 40 dividendes réinvestis, et que la complexité n'améliore pas la performance réellement obtenue.
Un indice classique face à un indice « à décrément »
Indice classique (dividendes réinvestis)
- Les dividendes réels des entreprises sont conservés
- C'est la seule comparaison honnête pour juger votre performance
- Aucun prélèvement fixe caché
Indice à décrément
- Une part fixe est retirée chaque année (ex. 50 points ou 5 %)
- Ce prélèvement remplace les dividendes réels, qui eux varient
- Il permet d'afficher un coupon d'apparence plus généreuse
Le prélèvement fixe finance le coupon plus élevé : ce n'est pas un cadeau, c'est un transfert.
Source : AMF étude complexité 2020
Un indice à décrément consomme à lui seul une bonne part du « budget de complexité »
comptés pour le seul indice à décrément3 mécanismes
seuil de complexité de l'AMF
Le décrément à lui seul pèse 2 des 3 mécanismes tolérés : en ajoutant ceux du produit, le seuil est souvent dépassé.
Source : AMF DOC-2010-05
Les bons réflexes avant de signer
Regardez le nom de l'indice
Les mots « Decrement », « Excess Return », « ER » ou un retrait forfaitaire signalent un indice à décrément.
Demandez la fiche de l'indice
Réclamez le type de décrément (en points ou en pourcentage) et sa valeur exacte.
Comparez au bon indice
Exigez la comparaison avec la version « dividendes réinvestis », pas avec le cours de la presse.
Lisez le DIC/KID
Vérifiez que le décrément se retrouve dans le scénario de performance médian et l'indicateur de risque.
Si c'est flou, ne signez pas
Si le mécanisme d'érosion reste incompris, le produit ne doit pas vous être recommandé.
Ces réflexes vous évitent de payer un coupon « généreux » avec une érosion que vous ne voyez pas.
Source : AMF DOC-2010-05 ; AMF étude complexité 2020
Selon votre situation
Votre sous-jacent est le CAC 40, l'Euro Stoxx 50 ou le MSCI World nus
Indice de référence classique, aucun décrément : pas de mécanisme de complexité additionnel à ce titre
AMF DOC-2010-05
Le nom de l'indice contient « Decrement », « Excess Return », « ER » ou un retrait forfaitaire
C'est un indice à décrément : un prélèvement fixe s'applique chaque année à la place des dividendes
AMF étude complexité 2020
Le décrément annuel est supérieur au dividende réel des entreprises
Votre indice de référence dérive à la baisse (érosion) : rappel anticipé plus lointain, barrière de perte plus proche
AMF étude complexité 2020
Le coupon a augmenté sans que la barrière change
C'est souvent un décrément plus fort qui « paie » ce coupon, pas une meilleure opportunité
AMF DOC-2010-05
Le produit est adossé à un indice à décrément (dividendes réinvestis moins forfait)
L'AMF le décompte comme 2 mécanismes, à ajouter à ceux du produit
AMF DOC-2010-05
Le total dépasse 3 mécanismes de calcul
L'AMF juge « délicat, voire impossible » de reconstituer le pari pris : critère de complexité franchi
AMF DOC-2010-05
Capital protégé à moins de 90 % (perte possible > 10 %) et au moins un critère de complexité rempli
Commercialisation inadaptée présumée : mentions d'avertissement obligatoires sur les supports
AMF DOC-2010-05
On vous met en avant un « taux d'appel » (rendement maximal) sans expliquer le décrément
Information non « exacte, claire et non trompeuse » : vous devez exiger l'explication
Vous ne comprenez pas le mécanisme d'érosion
Vous êtes hors « marché cible » : le produit ne doit pas vous être recommandé
Dir. 2014/65/UE
Vous voulez juger la vraie performance de votre produit
Comparez à l'indice « dividendes réinvestis » (total return), jamais au cours nu affiché
AMF étude complexité 2020
Ce qui piège le plus souvent
Ne vous fiez pas au cours affiché à la télévision
L'indice de votre produit n'est pas celui de la presse. Demandez toujours la comparaison avec la version « dividendes réinvestis » : c'est la seule honnête pour juger votre performance.
Méfiez-vous d'un coupon anormalement élevé
Un coupon plus généreux à protection identique cache souvent un décrément plus agressif. Demandez quel est le décrément et à combien s'élèvent les dividendes attendus.
Exigez la fiche méthodologique de l'indice
Ne vous contentez pas du nom du produit. Réclamez la fiche de l'indice pour connaître le type de décrément (points ou pourcentage) et sa valeur exacte.
Lisez le DIC/KID et son scénario médian
Vérifiez que le document d'informations clés reflète bien le décrément dans son scénario de performance médian et son indicateur de risque, puis confrontez-le au taux d'appel annoncé.
Si vous ne comprenez pas, ne signez pas
Le mécanisme d'érosion doit vous être clairement expliqué. Si le décrément reste flou pour vous, le produit est hors de votre profil et ne doit pas vous être recommandé.
Trois questions pour valider
Cliquez sur votre réponse — la bonne réponse s'affiche aussitôt.
À quel indice devez-vous comparer la performance de votre produit à décrément ?
Que retire chaque année un indice à décrément ?
À partir de combien de mécanismes de calcul l'AMF juge-t-elle le pari très difficile à comprendre ?
Là où un conseiller change la donne
Vieux produit structuré jamais remboursé : garder ou arbitrer ?
Bernard, 63 ans, détient depuis plusieurs années un produit structuré adossé à un indice à décrément assez élevé. Année après année, le remboursement anticipé espéré ne se déclenche jamais, et il ne comprend pas pourquoi. En réalité, le prélèvement fixe retiré chaque année s'est accumulé : son indice de référence part de bien plus bas qu'un indice classique. Résultat, le seuil de rappel s'est éloigné et la barrière de perte s'est rapprochée, sans qu'aucun krach ne soit en cause. La vraie question n'est plus « quand serai-je remboursé ? » mais « ce produit peut-il encore se rappeler, ou l'érosion a-t-elle déjà tranché ? ».
Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller chiffre l'érosion déjà encaissée et celle qui reste à courir jusqu'à l'échéance, puis mesure la distance réelle qui sépare l'indice de son seuil de rappel et de sa barrière de perte. Il pose alors, chiffres en main, l'arbitrage : rester en espérant un rappel devenu improbable, ou sortir pour redéployer le capital.
Même coupon, décrément en points ou en pourcentage : lequel ?
Sophie, 48 ans, hésite entre deux produits structurés au coupon identique et à la même barrière de protection. On lui présente les deux offres comme équivalentes. Un détail change pourtant tout : le premier retire chaque année 50 points à son indice, le second 5 %. Or un prélèvement en points est un montant absolu : il pèse proportionnellement plus lourd quand l'indice baisse. Un prélèvement en pourcentage suit, lui, le niveau de l'indice. À coupon égal, les deux produits ne se comportent donc pas pareil selon que les marchés montent ou reculent.
Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller compare le comportement des deux décréments dans un scénario de marché défavorable, chiffre le freinage supplémentaire que subit l'offre « en points » si l'indice décroche, et confronte ces trajectoires au scénario médian du document d'informations clés (DIC) plutôt qu'au seul rendement maximal mis en avant.
Chaque situation est particulière
Ces règles évoluent et se combinent : faites valider votre lecture par un conseiller avant de décider.
Faire le point avec un conseillerÀ lire ensuite
Références officielles
- AMF DOC-2010-05
- AMF étude complexité 2020
- Pôle commun AMF-ACPR cartographie 2025
- Règl. (UE) n° 1286/2014
- Règl. délégué (UE) 2017/653
- Règl. délégué (UE) 2021/2268
- Dir. 2014/65/UE
- Règl. délégué (UE) 2017/565
- ESMA35-43-3172
- CMF art. L. 533-12
- CMF art. L. 533-13
- Célérier & Vallée 2017
Fiche issue de la base de connaissance patrimoniale Ploovers — millésime 2026, mise à jour le 2026-07-11. Contenu en cours de validation par nos experts.
Ces contenus sont fournis à titre d'information générale (millésime 2026) : ils ne constituent ni un conseil personnalisé, ni une consultation juridique, fiscale ou patrimoniale, et ne remplacent pas les conseils d'un conseiller en gestion de patrimoine, d'un notaire ou d'un avocat, seuls à même d'apprécier votre situation particulière. Les règles et montants cités sont susceptibles d'évoluer avec la législation. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.