Un produit structuré, ou une solution plus simple ?
Comment savoir si un produit structuré vous apporte vraiment plus qu'une alternative moins chère et plus lisible.
Avant de vous proposer un produit structuré (un placement dont le gain dépend d'une formule liée aux marchés), nous vérifions toujours s'il existe une solution plus simple ou moins coûteuse pour le même objectif. Sur le passé, ces produits ont souvent fait moins bien que les actions dividendes compris, surtout quand les marchés montent fortement ; ils protègent surtout quand les marchés baissent. Quand nous en retenons quand même un, c'est pour une raison précise que nous vous expliquons et conservons par écrit.
Les repères à garder en tête
L'essentiel à retenir
On compare toujours à une alternative équivalente
La réglementation nous oblige à regarder d'abord s'il existe un placement au coût et à la complexité proches qui atteint le même objectif. Trois familles reviennent : le fonds à formule, une solution à capital garanti, ou l'achat direct de l'indice/des actions avec une protection.
Le rendement affiché n'est pas le rendement attendu
Le taux mis en avant (le « taux d'appel ») correspond à votre meilleur scénario, pas au plus probable. Ce chiffre est corrélé à la complexité du produit, pas à ce qu'il rapporte vraiment. Le bon repère est le scénario médian du document d'information (DIC), net de frais.
Complexité ne rime pas avec rentabilité
Sur l'échantillon étudié par l'AMF (produits 2001-2018), plus un produit est complexe, moins il a performé en moyenne (lien négatif, coefficient de l'ordre de −0,75). Ajouter des mécanismes pour gonfler le taux affiché n'améliore pas le gain réel.
Pour un produit sur actions, on compare dividendes compris
Un structuré sur actions ne vous verse en général pas les dividendes. La bonne comparaison est l'indice dividendes réinvestis (ex. CAC 40 dividendes réinvestis) : face à lui, seule une minorité des produits actions a fait mieux. Comparer à l'indice « nu » flatte artificiellement le produit.
Un structuré protège surtout quand ça baisse
Ces produits surperforment surtout en marché baissier grâce à leurs protections, mais perdent systématiquement face aux actions quand les marchés montent fortement. Leur intérêt tient à des scénarios précis, pas à un usage cœur de portefeuille.
Il y a un coût caché : la marge de structuration
À l'émission, la valeur réelle d'un structuré est inférieure à 100 % de ce que vous payez : l'écart finance la marge et les frais. Acheter directement le sous-jacent capte les dividendes et évite cette marge et le risque émetteur, mais suppose d'acheter et gérer une protection (option « put »).
Pour garantir votre capital, on regarde d'abord le garanti pur
Pour une protection intégrale, nous examinons d'abord un fonds à formule garanti, un fonds en euros ou une obligation détenue jusqu'à son terme. La garantie totale a quasiment disparu des structurés, donc le mot « garanti » dans un nom ne suffit pas : on vérifie le niveau réel.
Un arbitrage doit prouver que le jeu en vaut la chandelle
Remplacer un placement par un autre déclenche une analyse coûts-bénéfices : rendement net attendu de la cible (frais d'entrée inclus) vs rendement net de l'existant (frais de sortie inclus). La conclusion figure dans votre déclaration d'adéquation, remise avant l'opération.
Produit structuré ou achat direct : deux logiques opposées
Produit structuré (EMTN)
- Ne vous verse en général pas les dividendes
- Sa valeur réelle à l'émission est inférieure à 100 % : l'écart paie la marge et les frais
- Vous portez le risque de la banque qui l'émet
- Protège surtout quand les marchés baissent, mais perd face aux actions quand ils montent fort
Achat direct + protection
- Capte les dividendes
- Pas de marge de structuration ni de risque lié à l'émetteur
- Mais il faut acheter une protection (une option « put ») et suivre la position
- Demande une vraie compétence sur ces outils
Ce que ça veut dire pour vous : on choisit selon votre objectif, pas selon le rendement affiché.
Source : ESMA suitability §36 et §98 ; AMF étude complexité 2020
Comment nous vérifions qu'un structuré vaut mieux qu'une alternative
On part de votre besoin, pas du produit
Protection totale ou partielle ? Coupon ? Horizon ? C'est votre objectif qui définit les placements à comparer.
On liste les alternatives comparables
Trois familles reviennent : un fonds à formule, un placement à capital garanti, ou l'achat direct de l'indice avec une protection.
On compare sur le scénario médian
On regarde le coût total et le rendement du scénario médian du document d'information, jamais le taux affiché (votre meilleur cas).
On tranche et on justifie par écrit
Si le structuré est plus cher ou plus complexe, nous conservons le motif précis : diversification, liquidité ou niveau de risque.
On compte les frais de sortie
Vendre pour racheter doit rapporter plus que ça ne coûte, frais de sortie inclus ; la conclusion figure dans votre déclaration d'adéquation, avant l'opération.
Ce que ça veut dire pour vous : à chaque étape, une alternative plus simple peut l'emporter.
Source : ESMA suitability, §91 à §99
Votre cas, ce que prévoit la règle
| Votre situation | Ce qui s'applique | Fondement |
|---|---|---|
| On vous recommande un produit structuré | Nous devons avoir évalué avant, et par écrit, les placements équivalents (objectif et couple rendement/risque proches) en coût et en complexité. | ESMA suitability, §91 |
| Le structuré retenu est plus cher ou plus complexe qu'une alternative | Nous devons justifier ce choix par un motif admis (diversification, liquidité ou niveau de risque) et conserver la pièce, soumise au contrôle interne. | ESMA suitability, §95 |
| Notre gamme est restreinte ou limitée à un produit | Vous devez en être clairement informé : la comparaison des équivalents est alors limitée. | ESMA suitability, §93 |
| On vous propose de sortir d'un placement pour un autre | Nous menons une analyse coûts-bénéfices (rendement net cible vs existant, frais de sortie inclus) inscrite dans la déclaration d'adéquation. | ESMA suitability, §96 et §98 |
| On compare deux produits sur le taux d'appel (rendement du meilleur scénario) | Interdit : le taux d'appel reflète la complexité, pas le rendement attendu. On compare sur le scénario médian. | AMF étude complexité 2020 |
| Le produit est indexé sur des actions ou un indice actions | La comparaison se fait avec l'indice dividendes réinvestis (total return), pas l'indice nu qui flatterait le produit. | AMF étude complexité 2020 |
| Vous voulez une exposition actions avec protection partielle | L'achat direct + option de protection reproduit un profil voisin, capte les dividendes et évite la marge, mais ajoute frais d'options et exige une vraie compétence. | ESMA suitability, §36 |
| Vous êtes prudent et voulez protéger tout votre capital | Nous examinons d'abord les solutions à capital garanti pur (fonds garanti, fonds euros, obligation à terme) avant un structuré non garanti. | AMF étude complexité 2020 |
| Un produit porte le mot « garanti » dans son nom | Cela ne prouve rien : on vérifie le niveau de protection réel, car la part de produits réellement garantis a fortement reculé. | AMF étude complexité 2020 |
| Vous choisissez un fonds à formule plutôt qu'un structuré | Le risque émetteur est dilué mais les frais de gestion s'empilent sur la formule : on compare les coûts totaux, pas seulement la marge. | Étude AMF / DOC-2010-05 |
Les erreurs qui coûtent cher
Ne vous fiez pas au taux mis en avant
Le rendement affiché correspond à votre meilleur scénario. Demandez toujours le scénario médian du document d'information (DIC), net de frais : c'est le repère honnête.
Exigez la comparaison dividendes compris
Pour un produit sur actions, réclamez la comparaison avec l'indice dividendes réinvestis. Comparé à l'indice sans dividendes, un structuré paraît toujours plus attractif qu'il ne l'est.
Méfiez-vous du mot « garanti »
Le nom d'un produit ne garantit rien. Faites vérifier le niveau de protection réel du capital ; la garantie totale a quasiment disparu de ces produits.
N'acceptez pas un reconduit « par défaut »
Quand un structuré arrive à échéance et que le capital revient, la question des alternatives se repose en entier. Ne reconduisez pas automatiquement sans avoir comparé.
Sur un arbitrage, comptez les frais de sortie
Vendre pour racheter a un coût. On doit vous démontrer que les avantages attendus dépassent les coûts, frais de sortie de l'ancien placement inclus, avant de bouger.
Pour aller plus loin avec votre conseiller
Refaire soi-même un structuré avec un fonds indiciel et une protection
Camille, 52 ans, dirigeante, a placé une belle somme sur un compte-titres. Sa banque lui propose un produit structuré indexé sur les actions, avec une protection partielle en cas de baisse. Ce qu'elle ignore : on peut approcher le même profil en achetant directement l'indice (via un fonds indiciel) et en y ajoutant une option de protection, un contrat qui limite la perte. En procédant ainsi, elle encaisse les dividendes que le structuré ne lui verse pas, et elle évite la marge prélevée à la fabrication du produit, invisible dans le prix affiché.
Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller chiffre le coût réel de cette protection maison (le prix de l'option et son renouvellement dans le temps) et le compare à la marge cachée du structuré ; il vérifie ensuite que Camille a la compétence pour piloter ces options, et l'oriente vers une solution plus simple si ce n'est pas le cas.
Le structuré est parfois le bon choix : comment le prouver
Antoine, 60 ans, cherche un revenu régulier mais pense que les marchés vont surtout stagner dans les années qui viennent. On lui propose un produit structuré qui verse un coupon même quand la Bourse ne monte pas, avec un effet « mémoire » qui rattrape les coupons manqués. Cette fois, l'imiter soi-même serait plus compliqué et plus coûteux que le produit lui-même : c'est justement le cas où un structuré peut vraiment apporter quelque chose, car il protège surtout quand les marchés stagnent ou baissent. Encore faut-il le démontrer noir sur blanc, plutôt que de se fier au rendement mis en avant.
Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller compare les deux options sur le scénario médian net de frais, jamais sur le rendement affiché, démontre qu'une réplication maison reviendrait plus cher, et consigne par écrit la raison précise qui justifie le structuré — une pièce qui protège Antoine et passe le contrôle interne.
Chaque situation est particulière
Vous vous êtes reconnu dans cette fiche ? La prochaine étape est un échange concret, chiffres de votre dossier à l'appui.
Faire le point avec un conseillerÀ lire ensuite
Références officielles
- ESMA, Guidelines on certain aspects of the MiFID II suitability requirements (ESMA35-43-3172, 2023) — §36, §91-§95, §96-§99
- AMF, L'évolution de la complexité des produits structurés commercialisés en France (janv. 2020) — §4.2 et §4.3
- AMF DOC-2010-05 (Position-recommandation, commercialisation des instruments financiers complexes)
- Directive 2014/65/UE (MIF II), art. 24(4) et 25(2)
- Règlement délégué (UE) 2017/565, art. 54(9), (11), (12)
- DDA — directive 2016/97 (test exigences et besoins)
- Règlement (UE) n° 1286/2014 (DIC PRIIPs : scénarios et coûts)
- Célérier & Vallée 2017 (taux d'appel et complexité)
Fiche issue de la base de connaissance patrimoniale Ploovers — millésime 2026, mise à jour le 2026-07-11. Contenu en cours de validation par nos experts.
Ces contenus sont fournis à titre d'information générale (millésime 2026) : ils ne constituent ni un conseil personnalisé, ni une consultation juridique, fiscale ou patrimoniale, et ne remplacent pas les conseils d'un conseiller en gestion de patrimoine, d'un notaire ou d'un avocat, seuls à même d'apprécier votre situation particulière. Les règles et montants cités sont susceptibles d'évoluer avec la législation. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.