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Entreprise & dirigeant

Entreprise individuelle ou société : que choisir ?

Comprendre ce que change concrètement chaque structure pour votre responsabilité, vos impôts, votre famille et la revente ou transmission de votre activité.

Exercer en nom propre (entreprise individuelle), en société à l'impôt sur le revenu ou en société à l'impôt sur les sociétés fixe d'un coup votre responsabilité, votre couverture sociale, l'impôt payé chaque année et ce qui restera possible le jour où vous vendrez ou transmettrez. ‌Ce choix est réversible mais coûteux à défaire (impôt sur les plus-values, formalités), alors on le décide « de la sortie vers l'entrée », selon votre activité, vos besoins de revenus et vos projets familiaux.​

En chiffres

15 %taux d'impôt sur les sociétés sur le bénéfice conservé, sous conditions
42 500 €part du bénéfice encore imposée au taux réduit de 15 %
25 %taux d'impôt sur les sociétés au-delà de 42 500 € de bénéfice
31 déc. 2031échéance de l'abattement fixe « départ en retraite » du dirigeant

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À comprendre avant d'agir

En nom propre, vos deux patrimoines sont séparés d'office

L'entreprise individuelle se crée par simple déclaration au guichet unique. ​La loi sépare automatiquement vos biens professionnels de vos biens personnels : vos créanciers professionnels ne peuvent en principe saisir que le patrimoine professionnel, et votre résidence principale reste protégée (insaisissable, sans dérogation possible).‌

Mais vous ne pouvez pas garantir vos propres dettes pro

En entreprise individuelle, vous ne pouvez jamais vous porter caution de vos dettes professionnelles : votre banque a donc un levier de crédit limité. ‌Seul un tiers (y compris votre conjoint) peut garantir, mais il s'expose alors, biens communs compris.‌

En nom propre, le décès arrête l'entreprise

Le décès de l'exploitant vaut cessation d'activité : les plus-values professionnelles deviennent immédiatement imposables et les dettes professionnelles passent aux héritiers. ‌Une société, elle, continue d'exister et se transmet plus facilement.‌

La société coûte du formalisme mais se finance et se transmet mieux

Une société permet au dirigeant de se porter caution au profit de la société, assure la continuité au décès, et rend possible la donation-partage sur les titres. ‌En contrepartie : coûts de constitution et de fonctionnement, statuts, assemblées, comptes. ‌Vous pouvez rester seul : la SASU et l'EURL sont des sociétés à associé unique.​

Impôt sur le revenu = tout est imposé, impôt sur les sociétés = report

À l'impôt sur le revenu, tout le bénéfice est imposé chaque année, même l'argent non retiré, et supporte les cotisations sociales : adapté quand vous consommez tout ce que l'activité rapporte. ​À l'impôt sur les sociétés, seule votre rémunération est imposée à l'IR ; le bénéfice laissé dans la société n'est taxé qu'à l'IS. ‌L'IS n'efface pas l'impôt, il le décale jusqu'au jour où vous sortez l'argent.​

Exemple chiffré (millésime 2026)

Bénéfice de 100 000 €, train de vie de 50 000 €. ​En entreprise individuelle, la totalité des 100 000 € supporte l'IR et les cotisations dès l'année même. ‌En société à l'IS, l'impôt sur les sociétés est de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous conditions) puis 25 % au-delà, et seuls les 50 000 € que vous vous versez passent à l'IR.​

SARL, SAS ou société civile : trois logiques

La société civile ne peut avoir qu'une activité civile (location nue, portefeuille, foncier) ; SARL et SAS couvrent le commercial et le civil. ​Responsabilité limitée aux apports en SARL/SAS, mais indéfinie (non solidaire) en société civile. ‌La SAS offre le plus de liberté dans les statuts, la SARL est encadrée par la loi (une part = une voix).‌

Pensez à la sortie dès le départ

Selon la structure, vous garderez ou perdrez des avantages précieux le jour de la vente ou de la retraite : exonérations de plus-values professionnelles, abattement fixe de départ en retraite, pacte Dutreil pour la transmission. ​Ces régimes de faveur n'existent que pour une activité opérationnelle, pas pour la simple gestion d'un patrimoine.​

Rester en nom propre ou créer une société ?

Entreprise individuelle (nom propre)

  • Création par simple déclaration au guichet unique
  • Vos biens personnels et votre résidence principale sont protégés d'office
  • Vous ne pouvez jamais vous porter caution de vos dettes professionnelles
  • Votre décès arrête l'entreprise : impôts immédiats, dettes transmises aux héritiers

Société (SARL, SAS, société civile…)

  • Formalisme et coûts : statuts, assemblées, comptes annuels
  • Le dirigeant peut se porter caution au profit de la société
  • L'activité continue au décès et se transmet plus facilement
  • Possible même seul : la SASU et l'EURL sont des sociétés à associé unique
Le bon choix se décide « de la sortie vers l'entrée » : selon votre activité, vos besoins de revenus et vos projets de transmission.

Ce choix reste réversible, mais il est coûteux à défaire : mieux vaut le poser dès le départ.

Source : C. com. art. L526-22 ; Colloque 2024, § 1.2.3

L'impôt sur les sociétés sur le bénéfice que vous ne retirez pas

15 %
Bénéfice jusqu'à 42 500 € (sous conditions)
25 %
Bénéfice au-delà de 42 500 €

Seul le bénéfice laissé dans la société est concerné ; ce que vous vous versez passe, lui, à votre impôt sur le revenu.

Source : CGI art. 219 (millésime 2026)

À l'impôt sur les sociétés, seule la part que vous vous versez est imposée à votre impôt sur le revenu

50 000 €
votre rémunération, soumise à l'impôt sur le revenu
100 000 €
bénéfice total de l'activité

Les 50 000 € laissés dans la société ne sont taxés qu'à l'impôt sur les sociétés — mais l'impôt réapparaît le jour où vous sortez cet argent.

Source : Exemple millésime 2026 (bénéfice 100 000 € / train de vie 50 000 €)

Selon votre situation

Votre situationCe qui s'appliqueFondement
Vous êtes en entreprise individuelle et votre banque veut une caution personnelle Impossible : vous ne pouvez jamais vous porter caution de vos dettes professionnelles. Seul un tiers (conjoint compris) peut garantir, en s'exposant sur ses biens propres et communs. C. com. art. L526-22
Vous exercez en nom propre et vous décédez en activité Le décès vaut cessation : plus-values professionnelles immédiatement imposables et dettes professionnelles transmises à vos héritiers. Colloque 2024, §1.2.3
Vous êtes marié en communauté et apportez un bien commun à une SARL, SNC ou société civile Votre conjoint doit être averti dans l'acte et peut revendiquer la qualité d'associé pour la moitié des parts ; faites acter sa renonciation dès l'apport. C. civ. art. 1832-2
Vous êtes en EI, marié en communauté, et voulez donner un bien commun affecté à l'activité La donation exige le consentement des deux époux. C. civ. art. 1422
Vous envisagez une société civile Responsabilité indéfinie des associés, conjointe mais non solidaire, à proportion de leur part dans le capital. C. civ. art. 1857
Vous voulez associer un enfant mineur au capital L'apport d'un immeuble ou d'un fonds appartenant au mineur exige l'autorisation préalable du juge ; les actions (titres négociables) facilitent la gestion courante. C. civ. art. 387-1
Votre société à l'IS a moins de 5 ans et anticipe des déficits de démarrage Vous pouvez opter pour l'IR temporaire (5 exercices, non renouvelable, sortie définitive) afin d'imputer les déficits sur le revenu global des associés. CGI art. 239 bis AB ; BOI-IS-CHAMP-20-20-20-20 §50
Tous les associés appartiennent au cercle familial strict (parents en ligne directe, frères et sœurs, conjoints ou partenaires) et l'activité est commerciale, industrielle, artisanale ou agricole La SARL de famille peut opter pour l'impôt sur le revenu sans limite de durée. Attention : un oncle, un neveu ou des cousins ne remplissent pas la condition, et l'activité civile ou libérale en est exclue. CGI art. 239 bis AA ; BOI-IS-CHAMP-20-20-10 §30
Vous apportez votre entreprise individuelle à une société La plus-value d'apport peut être mise en report d'imposition, mais ce report n'est jamais purgé : il se transmet à vos donataires ou héritiers. CGI art. 151 octies ; BOI-BIC-PVMV-40-20-30-10 §1
Vous êtes en EI et partez à la retraite dans moins de 5 ans Passer en société est déconseillé : vous perdriez les exonérations de plus-values liées aux recettes ou au départ en retraite. CGI art. 151 septies ; 151 septies A ; BOI-BIC-PVMV-40-20-20-10 §1
Vous voulez loger un patrimoine privé dans une société à l'IS La SARL est déconseillée (statuts trop rigides) ; préférez la société civile à l'IS ou la SAS. Doc. « Gérer un patrimoine privé à l'IS »
Vous êtes gérant majoritaire de SARL vs président de SAS Gérant majoritaire = travailleur non salarié (TNS) ; président de SAS = assimilé salarié (hors chômage). En SAS, vos dividendes ne supportent que les prélèvements sur revenus du capital. CSS art. L611-1 ; L311-3 ; L131-6

Les erreurs qui coûtent cher

Ne passez pas en société juste avant de vendre ou de partir en retraite

Apporter tardivement votre entreprise individuelle à une société est un piège : le report d'imposition n'est jamais purgé et se transmet à vos héritiers, et vous perdez les exonérations de plus-values des articles 151 septies et 151 septies A. À moins de 5 ans de la cessation, il vaut souvent mieux laisser l'EI aller à son terme.

Conjoint marié en communauté : faites acter sa renonciation

Si vous apportez des biens communs ou achetez des parts non négociables (SARL, SNC, société civile) avec des fonds communs, votre conjoint peut revendiquer la moitié des parts. Faites constater sa renonciation dès l'apport. Astuce : les actions de SAS, négociables, échappent à ce mécanisme.

L'IS n'est pas une économie d'impôt, c'est un décalage

L'argent laissé dans la société est « piégé » : le jour où vous le sortez (distribution, liquidation, vente), l'impôt réapparaît. Intégrez toujours ce coût de sortie dans votre comparaison, sinon l'avantage apparent de l'IS peut se retourner.

Vérifiez toujours le millésime des chiffres et des échéances

Les taux, seuils et dispositifs bougent à chaque loi de finances. Exemple : l'abattement fixe « départ en retraite » a été prorogé jusqu'au 31 décembre 2031 alors qu'on le croyait éteint fin 2024. Contrôlez l'échéance en vigueur avant d'arbitrer votre sortie.

Régimes étanches : pas de compensation entre plus-values privées et professionnelles

Une perte sur des titres de société à l'IS ne peut pas s'imputer sur une plus-value professionnelle (et inversement). Le choix de structure fige aussi le sort de vos pertes : anticipez-le.

Trois questions pour valider

Cliquez sur votre réponse — la bonne réponse s'affiche aussitôt.

En entreprise individuelle, pouvez-vous vous porter caution de vos propres dettes professionnelles ?

En entreprise individuelle, vous ne pouvez jamais vous porter caution de vos dettes professionnelles ; seul un tiers, conjoint compris, peut garantir, en s'exposant sur ses biens.

À l'impôt sur les sociétés, que devient le bénéfice que vous laissez dans la société ?

L'impôt sur les sociétés n'est pas une économie mais un décalage : l'argent laissé dans la société est « piégé » et l'impôt réapparaît le jour où vous le sortez (distribution, liquidation, vente).

Vous êtes en entreprise individuelle et partez à la retraite dans moins de 5 ans. Passer en société juste avant est…

À moins de 5 ans de la cessation, mieux vaut laisser l'entreprise individuelle aller à son terme : la mise en société fait perdre les exonérations de plus-values (CGI art. 151 septies et 151 septies A).

Et dans les situations plus fines ?

Cas avancé

Choisir sa forme de société d'abord pour sa protection sociale, pas seulement pour l'impôt

Karim lance seul son activité de conseil et compare deux montages qu'on lui présente comme équivalents : l'EURL, où il serait gérant majoritaire, et la SASU, où il serait président. On lui parle surtout d'impôt — mais la vraie bascule est ailleurs. En gérant majoritaire, il est travailleur non salarié : cotisations plus légères, mais couverture retraite et prévoyance plus mince. En président de SAS, il est assimilé salarié : mieux protégé (hors chômage), au prix de cotisations plus lourdes sur ce qu'il se verse. Et la façon dont il se rémunère s'enchaîne à ce choix : en SAS, ses dividendes ne supportent que les prélèvements sur les revenus du capital, ce qui ouvre un arbitrage salaire / dividendes que la logique de la SARL encadre plus étroitement. Le bon réflexe n'est donc pas « quelle société paie le moins d'impôt cette année », mais « quelle société couvre le mieux mon niveau de protection voulu, une fois l'impôt et les cotisations mis bout à bout ».

Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller croise deux dimensions que la fiche traite séparément — le statut social et le mode de rémunération — pour un même dirigeant : il évalue le besoin de couverture immédiat (charges de famille, emprunts en cours) face aux droits retraite construits sur le long terme, projette le partage rémunération / dividendes propre à chaque structure, et met en garde contre le piège d'optimiser le seul impôt annuel au prix d'une prévoyance dégradée pour les années à venir.

Cas avancé

Transmettre ses parts à ses enfants sans lâcher les commandes

Philippe, 60 ans, dirige une société qui tourne bien et veut commencer à la transmettre à ses deux enfants — sans perdre la main ni ses revenus. L'idée : leur donner dès maintenant la nue-propriété des titres, c'est-à-dire la valeur future, tout en gardant l'usufruit, c'est-à-dire le pouvoir de décision et les dividendes. Encore faut-il la bonne forme de société : en SARL, une part vaut une voix et la loi verrouille le partage du vote entre usufruit et nue-propriété. En SAS ou en société civile, au contraire, les statuts peuvent organiser finement qui vote quoi — Philippe garde le contrôle, ses enfants héritent doucement de la valeur.

Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller compare les formes possibles, rédige les clauses statutaires qui réservent les votes clés à l'usufruitier, séquence la donation démembrée et l'articule avec un éventuel pacte Dutreil pour alléger les droits de donation.

Ce cas est décortiqué dans notre étude de cas →

Chaque situation est particulière

Chaque patrimoine a ses particularités : un conseiller transforme ces règles en plan d'action chiffré, adapté à votre situation.

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À lire ensuite

Références officielles

Fiche issue de la base de connaissance patrimoniale Ploovers — millésime 2026, mise à jour le 2026-07-11. Contenu en cours de validation par nos experts.

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