Ploovers
Succession & transmission

Le mandat à effet posthume : gérer ma succession après moi

Comment désigner de votre vivant une personne de confiance qui gérera un bien de votre succession pour vos héritiers, sans qu'elle puisse le vendre.

Le mandat à effet posthume vous permet de désigner aujourd'hui, chez le notaire, une personne de confiance qui gérera tout ou partie de votre succession (votre entreprise, votre portefeuille de titres…) pour le compte de vos héritiers, s'ils ne sont pas en mesure de le faire à votre décès. ‌Vos héritiers restent pleinement propriétaires : le mandataire gère mais ne peut pas vendre. ‌C'est un outil temporaire (2 à 5 ans, renouvelable par le juge) et strictement encadré, qui complète mais ne remplace pas votre testament et votre organisation patrimoniale.‌

Êtes-vous concerné ?

Cochez les situations qui vous ressemblent.

Votre sélection s'affichera ici.

À comprendre avant d'agir

Vos héritiers restent propriétaires, le mandataire ne peut pas vendre

Le mandataire administre et fait fructifier les biens, mais il ne peut ni les vendre ni les donner en garantie. ‌La vente reste la décision de vos héritiers. ‌S'ils vendent un bien, le mandat sur ce bien prend fin et le mandataire ne peut pas s'y opposer (C. ​civ. ​art. ​812-4).​

Un passage obligatoire chez le notaire, de votre vivant

Le mandat et l'accord du mandataire doivent être signés par acte notarié, et l'acceptation du mandataire doit intervenir avant votre décès. ‌À défaut, le mandat est nul (C. ​civ. ‌art. ‌812-1-1).​

Il faut une raison sérieuse et précise, écrite dans l'acte

La loi exige un « intérêt sérieux et légitime » précisément motivé, tenant à la personne de l'héritier (âge, handicap, mésentente…) ou au patrimoine (entreprise, portefeuille complexe). ‌La seule présence d'un bien compliqué ne suffit pas : il faut expliquer pourquoi vos héritiers ne peuvent pas le gérer eux-mêmes (C. ​civ. ​art. ​812-1-1).‌

Une durée limitée : 2 ans, jusqu'à 5 ans dans certains cas

Le mandat dure 2 ans au maximum, porté à 5 ans quand il s'agit d'héritiers inaptes ou âgés, ou de biens professionnels à gérer. ‌Le juge peut le prolonger, une ou plusieurs fois, si la raison sérieuse persiste (C. ‌civ. ‌art. ​812-1-1 ; CPC art. ‌1379).

Le mandataire vous rend des comptes chaque année

Le mandataire doit rendre des comptes tous les ans et à la fin de sa mission à vos héritiers. C'est une obligation d'ordre public : s'il ne le fait pas, tout héritier concerné peut demander sa révocation au juge (C. civ. art. 812-7).

Gratuit par défaut, sauf si vous prévoyez une rémunération

Sans clause dans l'acte, le mandataire n'est pas payé et le juge ne peut rien lui accorder. Si vous souhaitez le rémunérer, l'acte doit le prévoir : une part des fruits et revenus (ex. un pourcentage des loyers ou dividendes), le capital n'étant entamé qu'en cas d'absence de fruits (C. civ. art. 812-2).

Un avantage fiscal encadré si la rémunération est fixée à temps

La rémunération réduit la base des droits de succession si elle est fixée définitivement dans les 6 mois du décès, dans la limite de 0,5 % de l'actif géré et plafonnée à 10 000 €. Exemple : sur 1 500 000 € de titres gérés, la déduction est plafonnée à 0,5 % × 1 500 000 € = 7 500 € (CGI art. 775 quinquies).

Un outil de transition, pas une solution définitive

Le mandat est temporaire, révocable, et ne permet ni de vendre ni d'empêcher vos héritiers de vendre. Pour une entreprise, il ne suffit pas à « assurer la pérennité » : il faut le combiner avec les statuts, un pacte d'associés et, le cas échéant, le pacte Dutreil.

Comment se déroule un mandat à effet posthume

De votre vivant

Signature chez le notaire

Le mandat et l'accord de la personne choisie sont signés par acte notarié. L'accord doit être donné avant votre décès, sinon le mandat est nul.

À votre décès

Le mandat prend effet

La personne désignée commence à gérer les biens prévus, pour le compte de vos héritiers, qui restent propriétaires.

Chaque année

Un compte-rendu obligatoire

Le mandataire rend des comptes à vos héritiers tous les ans et à la fin de sa mission.

Au bout de 2 à 5 ans

Fin ou prolongation

Le mandat s'arrête, sauf si le juge le prolonge tant que la raison qui l'a justifié existe encore.

Ce que ça veut dire pour vous : tout se prépare de votre vivant, puis la personne choisie gère sous contrôle pour une durée limitée.

Source : C. civ. art. 812-1-1 ; art. 812-7 ; art. 812-4

Ce que le mandataire peut faire, et ce qu'il ne peut pas

Il peut

  • Administrer et faire fructifier vos biens
  • Gérer un portefeuille de titres (arbitrages avec réinvestissement)
  • Voter les décisions courantes en assemblée (AGO), renouveler des baux

Il ne peut pas

  • Vendre vos biens : la vente reste la décision de vos héritiers
  • Donner les biens en garantie
  • Voter les décisions exceptionnelles (AGE), céder ou apporter les titres
Vos héritiers restent pleinement propriétaires : le mandataire gère, il ne vend pas.

Source : C. civ. art. 812-4 ; art. 812-1-2

Combien la rémunération du mandataire peut réduire les droits de succession

7 500 €
déduction sur un exemple de 1 500 000 € gérés (0,5 %)
10 000 €
plafond maximum fixé par la loi

Ce que ça veut dire pour vous : payer le mandataire peut alléger les droits de succession, mais la déduction est plafonnée et doit être fixée dans les 6 mois du décès.

Source : CGI art. 775 quinquies

Selon votre situation

Vous voulez mettre en place un mandat à effet posthume

Le mandat ET l'acceptation du mandataire doivent être signés chez le notaire, l'acceptation intervenant avant votre décès — sinon le mandat est nul

C. civ. art. 812-1-1

Vous rédigez la raison qui justifie le mandat

Vous devez motiver précisément un intérêt sérieux et légitime (personne de l'héritier ou patrimoine) ; à défaut, le mandat est nul

C. civ. art. 812-1-1

Vos héritiers sont inaptes/âgés ou il y a des biens professionnels à gérer

La durée peut atteindre 5 ans au lieu de 2 ans, avec prorogations possibles par le juge sans limite de nombre

C. civ. art. 812-1-1 ; CPC art. 1379

Vous choisissez qui sera mandataire

Il faut une personne pleinement capable ; le notaire chargé de régler votre succession ne peut pas être le mandataire

C. civ. art. 812

Vos héritiers n'ont pas encore accepté la succession

Le mandataire n'a que des pouvoirs réduits : actes conservatoires, surveillance, administration provisoire

C. civ. art. 812-1-3

Vos héritiers vendent un bien placé sous mandat

La vente met fin au mandat sur ce bien et le mandataire ne peut pas s'y opposer

C. civ. art. 812-4 ; Cass. civ. 1, 12 mai 2010

Le mandat est en cours d'exécution

Le mandataire ne peut pas vendre les biens ni les donner en garantie (hors gestion d'un portefeuille avec remploi)

C. civ. art. 812-4

Vous voulez rémunérer le mandataire

Il faut une clause expresse dans le mandat : part des fruits et revenus, le capital seulement en l'absence de fruits

C. civ. art. 812-2

Vous voulez que la rémunération réduise les droits de succession

Elle doit être fixée définitivement dans les 6 mois du décès, dans la limite de 0,5 % de l'actif géré, plafonnée à 10 000 €

CGI art. 775 quinquies

Vous avez désigné à la fois un exécuteur testamentaire et un mandataire posthume

L'exécuteur testamentaire prime : le mandataire gère sous réserve des pouvoirs de l'exécuteur

C. civ. art. 812

Vous transmettez des biens à un enfant mineur et voulez écarter l'autre parent de la gestion

Vous pouvez désigner un tiers administrateur, sans avoir à vous justifier, y compris sur la réserve

C. civ. art. 384 ; Cass. civ. 1, 10 juin 2015

Vous avez un pacte Dutreil et aucun héritier apte à diriger à votre décès

Le mandataire posthume peut assurer la direction ou poursuivre l'exploitation sans perdre l'exonération partielle

CGI art. 787 B et 787 C

Ce qui piège le plus souvent

Ne comptez pas sur le mandat pour « sauver » votre entreprise à lui seul

Le mandataire ne vote pas les décisions importantes (assemblée générale extraordinaire), ne peut ni céder ni apporter les titres, la durée est brève, il est révocable et vos héritiers peuvent vendre à tout moment. Combinez-le avec les statuts, un pacte d'associés, un apport à une société et le Dutreil.

Faites signer l'accord du mandataire de votre vivant, sinon tout tombe

Le mandat et son acceptation doivent être authentiques et l'acceptation doit intervenir avant votre décès. Une acceptation tardive ou sous seing privé rend le mandat nul (C. civ. art. 812-1-1).

Si vous voulez rémunérer le mandataire, écrivez-le dans l'acte

Une somme versée par vos héritiers sans clause dans le mandat n'est ni une charge de la succession ni déductible fiscalement. Prévoyez la rémunération dès la signature (C. civ. art. 812-2 ; CGI art. 775 quinquies).

Surveillez le terme : ne laissez pas le mandat se prolonger « de fait »

Si le terme est atteint sans prorogation par le juge mais que la gestion continue, le mandat se transforme en simple mandat conclu avec les héritiers : les conditions d'origine (pouvoirs, rémunération) ne s'appliquent plus. Demandez la prorogation au juge avant le terme (C. civ. art. 813 ; CPC art. 1379).

Pour un enfant mineur, pensez au tiers administrateur, souvent plus simple

Écarter l'autre parent de la gestion d'un bien donné ou légué à votre enfant mineur ne demande aucune justification et peut porter sur la réserve — une alternative plus durable que le mandat posthume (C. civ. art. 384 ; Cass. civ. 1, 10 juin 2015).

Vérifiez vos réflexes

Cliquez sur votre réponse — la bonne réponse s'affiche aussitôt.

La personne désignée par un mandat à effet posthume peut-elle vendre vos biens ?

Vos héritiers restent propriétaires : le mandataire administre et fait fructifier les biens, mais la vente leur appartient. Seule nuance, sur un portefeuille de titres il peut arbitrer — vendre une ligne pour en racheter une autre en remployant le prix — sans jamais le liquider ; et même là il ne peut pas s'opposer à une vente décidée par les héritiers (C. civ. art. 812-4).

Combien de temps dure un mandat à effet posthume ?

Le mandat dure 2 ans au maximum, porté à 5 ans lorsque les héritiers sont inaptes ou âgés ou pour gérer des biens professionnels ; le juge peut ensuite le proroger une ou plusieurs fois, sans limite de nombre, tant que la raison qui l'a justifié persiste (C. civ. art. 812-1-1 ; CPC art. 1379).

Pour que la rémunération du mandataire réduise les droits de succession, il faut :

La rémunération n'est déductible que si elle est déterminée définitivement dans les 6 mois du décès, dans la limite de 0,5 % de l'actif géré, plafonnée à 10 000 € (CGI art. 775 quinquies).

Et dans les situations plus fines ?

Cas avancé

Confier un portefeuille de titres sans le figer ni le brader

Bernard, 68 ans, a bâti un portefeuille de titres qu'il pilote lui-même depuis vingt ans. Sa fille Léa, 24 ans, en héritera un jour mais ne connaît rien aux marchés. Bernard redoute qu'à son décès le portefeuille reste figé des mois, ou soit vendu à la hâte au plus mauvais moment. Le point que peu de gens connaissent : même si le mandataire ne peut pas liquider le portefeuille pour en sortir l'argent, il peut l'arbitrer — vendre une ligne pour en racheter une autre, à condition de réinvestir le prix et de conserver la substance. Gérer un portefeuille, c'est justement le faire vivre. Léa, elle, reste propriétaire de chaque euro.

Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller distingue noir sur blanc, dans l'acte notarié, les arbitrages autorisés (remploi du prix, substance préservée) de la liquidation interdite, calibre la durée du mandat sur l'âge de Léa, et cadre la reddition de comptes annuelle qui la protège.

Cas avancé

Protéger un enfant handicapé avant et après soi, sans rupture

Sylvie, 62 ans, élève seule Thomas, son fils de 30 ans en situation de handicap, hors d'état de gérer ses ressources. Sa hantise : qu'adviendra-t-il de l'argent de Thomas si elle-même perd son autonomie, puis le jour où elle ne sera plus là ? Ce que peu de gens savent : on peut enchaîner deux outils sur une même personne de confiance — un mandat de protection future pour autrui, qui joue de son vivant si elle devient dépendante, puis un mandat à effet posthume, qui prend le relais à son décès. La gestion des biens destinés à Thomas passe ainsi d'une main à l'autre sans jamais s'interrompre. Comme Thomas est inapte, le mandat posthume peut durer jusqu'à cinq ans, prolongeables par le juge.

Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller séquence les deux mandats pour qu'ils s'emboîtent, désigne un mandataire suppléant en cas de défaillance, et vérifie leur articulation avec une éventuelle mesure de protection judiciaire de Thomas — que le juge peut faire primer.

Chaque situation est particulière

Chaque patrimoine a ses particularités : un conseiller transforme ces règles en plan d'action chiffré, adapté à votre situation.

Faire le point avec un conseiller

À lire ensuite

Références officielles

Fiche issue de la base de connaissance patrimoniale Ploovers — millésime 2026, mise à jour le 2026-07-11. Contenu en cours de validation par nos experts.

Mentions légales — usage privé uniquement. Les contenus de cette base de connaissance sont la propriété exclusive de Ploovers et sont mis à disposition pour un usage strictement privé et personnel. Toute reproduction, représentation, diffusion ou extraction, intégrale ou partielle, par quelque moyen que ce soit, sans autorisation écrite préalable de Ploovers, est interdite (art. L.122-4 du Code de la propriété intellectuelle ; protection du producteur de base de données, art. L.342-1 et suivants).

Ces contenus sont fournis à titre d'information générale (millésime 2026) : ils ne constituent ni un conseil personnalisé, ni une consultation juridique, fiscale ou patrimoniale, et ne remplacent pas les conseils d'un conseiller en gestion de patrimoine, d'un notaire ou d'un avocat, seuls à même d'apprécier votre situation particulière. Les règles et montants cités sont susceptibles d'évoluer avec la législation. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.